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Notes sur la biographie d’Elon Musk

Elon est le digne successeur de Steve Jobs et de bill Gates réunis, et à mon sens loin devant de Bezos. Cette bio a fini par m’en convaincre.

Elon est véritable serial entrepreneur, non seulement il a su répéter plusieurs fois des succès entrepreneuriaux (Zip2, Paypal, SpaceX, Tesla et dans une moindre mesure SolarCity), mais dans des domaines très différents. Il ne fait partie de ceux qui ont créé une entreprise de software BtoB, l’ont revendue puis  en ont remonté une deuxième dans un domaine très voisin avec la même équipe…. Non, il est parti du monde du software vers celui de l’industrie, et dans des industries très différentes de surcroit, le spatial et l’automobile. Elon sera surement l’un des grands entrepreneurs du 21e siècle.Elon Musk Ashlee Vance

Cette bio fournit quelques clés pour comprendre comment Elon rend possible un tel exploit.

Tout d’abord, il y a sa personnalité ambitieuse et son engagement total. En cela, il ne se différencie pas des autres grands de la high-tech. Il travaille sans cesse, et pousse ses équipes aux bouts de leurs forces. Il est bien sûr surdoué, extrêmement rigoureux, et doté d’un une mémoire photographique incroyable, comme l’indique sa mère. Il a une puissance de travail hors du commun, aidé par un physique endurant – (dont l’auteur aime à penser qu’elle tient de son origine sud-africaine un peu rustique). Il a quasiment pas de dépendance psychologique avec quiconque, étant limite autiste  jeune. Il y a en revanche 2 différentiateurs importants :

  • il est doté d’une culture d’ingénieur très poussée et une familiarité avec les grandes lois physiques depuis son plus jeune âge.
  • Il a une profonde et sincère ambition altruiste pour l’humanité depuis le début : empêcher le réchauffement climatique en décarbonnant notre économie et jeter les base d’une colonisation d’autres planètes pour poursuivre notre évolution en tant qu’espèce. Gates a développé son altruisme sur le tard, et Jobs m’a toujours paru suspect avec son ambition de changer le monde qui était plus un gimmick de communicant qu’autre chose.

Ensuite, il a mis en pratique une fusion du software et de l’industrie comme personne d’autre avant lui. En cela il préfigure le 21e siècle. Concrètement, il aborde les problèmes industriels, comme on gère du code dans les start-up, et à tous points de vue :

  • La rapidité d’exécution, suivie de tests (fail early, fail fast, fail often): plusieurs milliers de batteries détruites en quelques semaines pour créer le premier prototype industriel de la Tesla.
  • Le hacking (qu’on peut résumer à de la débrouillardise futée): la façon de gérer les premiers essais sur l’ile de Kwajalein en plein pacifique relèvent du roman d’aventure, ou la façon d’empiler les batteries d’ordinateurs pour faire rouler le premier prototype de Tesla sont jouissifs).
  • L’intégration verticale comme stratégie pour maintenir le rythme élevé de correction et garantir la qualité. SpaceX et Tesla ont été conçus à l’inverse des acteurs traditionnels qui dépendent de beaucoup de larges réseaux de fournisseurs. Grossièrement, c’est un peu la logique d’Apple qui a souhaité conserver le matériel pour attendre l’excellence dans le logiciel.
  • La culture fullstack : interdisciplinarité très forte demandée aux équipes, d’où le choix de mettre les bureaux d’ingénieurs dans l’usine face au chaines de montage.
  • le culot : Elon a tenté d’acheté aux Russes un premier lanceur lors d’un voyage épique à Moscou. Autre exemple : Elon gérait méticuleusement la distance maximale parcourable par une Tesla lors d’un roadshow d’investisseur avant que les batteries ne s’enflamment,
  • l’obsession du design en tant que tel et en tant qu’outil de communication : les fameuses poignées rétractables des Tesla, la blancheur immaculée des usines, le tableau de bord du Dragon réduit à un simple écran, etc.
  • la primauté à l’ingénierie.

Au final, comme le résume très bien l’auteur à la fin du livre, Elon a réussi à introduire du software dans chaque composant d’un objet industriel, depuis sa conception, à sa production, à son fonctionnement et à sa maintenance. C’est une composante essentielle de la transformation digitale vers laquelles doivent tendre les entreprises traditionnelles. L’exemple le plus frappant est la correction et la mise à jour d’un logiciel à bord de la fusée elle-même quelques minutes après le lancement pour gérer correctement la trajectoire de mise en orbite ! Et l’exemple le plus connu est la mise à jour fréquente des Tesla comme pour les smartphones afin d’améliorer leurs performances.

Il est aussi très intéressant de noter la culture très forte des lois physiques fondamentales qui permettent de vérifier très en amont la faisabilité ou non de certaines options. Elon a développé une capacité à « sentir » les choses, et, à partir de là, sait arbitrer. Le livre est émaillé de ce type de décisions : le châssis de la Tesla totalement revu pour permettre au batteries d’être installées dans le bas de caisse, pour permettre alors à la voiture d’avoir des capacités de tenue de route compatibles avec les normes et compenser son poids global, le choix de l’aluminium pour la carrosserie pour gagner en légèreté tout en anticipant la faisabilité technique de fabriquer des machines capables de respecter les arrondis du capot, etc. D’ailleurs, il est étonnant de constater que certaines apports de Tesla nourrissent SpaceX et réciproquement (SpaceX a développé des technologies de montage sans soudure des réservoirs en aluminium pour les lanceurs…), preuve que ces connaissances  très pointues sont un atout. Je me demande si les patrons de Peugeot et Renault sont capables d’aller si loin dans ce niveau de détail technique.

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Siège de SpaceX

Elon est aussi assez incroyable dans sa capacité de résilience. L’auteur détaille bien cette année 2008 pendant laquelle se sont enchaînés les échecs de SpaceX et les retards de la sortie des Tesla, au point d’asphyxier complètement les entreprises financièrement. La survie des deux entreprises s’est jouée à un cheveu…La tension était extrême, sur les deux fronts, et Elon a tenu bon, aidé par un peu de chance aussi, le reconnait-il, et surtout par sa volonté de fer. J’ai retenu d’autres détails sur ce point. Elon a été débarqué de la présidence de Paypal par Peter Thiel, pendant un voyage en avion des US vers l’Australie, lieu de ses premières vacances qu’il n’avait pu prendre depuis plusieurs années. La destitution a été décidée justement pendant le vol, comme un coup d’état, pour qu’il ne puisse pas réagir. Et pourtant, malgré un tel affront, Elon a continué à travailler chez Paypal et conserver des bonnes relations avec Peter Thiel, jusqu’à la vente à eBay. Autre exemple plus intime, il lui fallut à peine 3 mois après son divorce pour trouver sa nouvelle femme…

Elon est donc hors norme. Je regrette une seule chose. Il n’a aucune empathie pour les gens qui travaillent pour lui, au-delà d’un cercle très très proche (grosso modo ses frères, cousins et ses amis vc-investisseurs – ses femmes successives étant exclues de ce cercle). Il sait séduire pour embaucher, en grande partie grâce à l’ambition de ses projets qui agissent comme des aimants sur les personnes qui cherchent du sens à leur travail : résoudre le  problème de réchauffement climatique et aller sur mars pour sauver l’homme de la catastrophe environnementale. Mais il les épuise et les jette dès la première erreur ou divergence de point de vue. Ses collaborateurs sont des cartouches qu’on tire les unes après les autres comme le dit bien Vance. L’illustration la plus choquante est la façon dont il a viré son assistante personnelle au bout de 10 ans car elle souhaitait une augmentation

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Siège de Tesla

de salaire. Elle arguait son rôle de plus en plus important (elle a été effectivement une régulatrice fondamentale entre Elon et les ingénieurs). Elon lui a proposé de prendre des vacances pendant quelques semaines et de la remplacer pour évaluer la complexité de son rôle. A son retour, il la licencie considérant qu’il n’avait finalement pas besoin d’elle. J’ai bien conscience qu’il s’agit là que d’une anecdote, mais elle reflète assez bien son mode de management. Les ingénieurs sont tous terrifiés à l’idée d’une réunion avec lui s’ils n’ont pas réponse à tout. Qu’ils sont loin les préceptes managériaux où  l’on parle de faire grandir les collaborateurs et de leur offrir un épanouissement personnel ! Je suis toujours autant étonné, comme je l’ai déjà indiqué dans d’autres billets de ce blog, qu’aucune littérature n’aborde ce sujet. En tout cas, plus je lis autour du management des sociétés technologiques, plus je comprends que le management est assez simple : présentez une grande idée ambitieuse à un futur collaborateur en lui expliquant l’immense honneur qu’il aura à travailler à la développer, et donner lui des objectifs intenables…il tiendra le temps qu’il tiendra, et jetez le dès qu’il n’en peut plus. Et en plus si la société réussit, il expliquera qu’il aura vécu ses plus belles années professionnelles car au final il pourra dire « qu’il en était »…!  Moralité, restez un leader tyrannique, limite gourou, et conservez la distance avec le personnel. Soit votre idée marche, et vous pouvez continuer, soit cela ne marche pas et vous disparaissez de toute façon car la société aura fait faillite. Dans les deux cas, vous n’aurez pas besoin de solidarité de quiconque – sauf des VC. Comment de tels modèles d’entreprise peuvent perdurer,  et surtout,  quelles conséquences sur le tissu sociétal si ce modèle venait à s’imposer dans toutes les entreprises ?

Pour terminer, la question clé est de savoir si Elon va véritablement transformer les industries spatiales automobiles et énergétiques. Ce n’est qu’à ce titre qu’on pourra véritablement le comparer à Gates, Bezos ou Jobs qui,  quoiqu’on en dise ont révolutionné le monde de l’informatique et du ecommerce. Pour l’instant, il est encore trop tôt pour le dire. Tesla doit devenir un acteur de taille mondiale, ce qui est loin d’être le cas avec ces quelques dizaines de milliers de véhicules produits. Les fusées doivent véritablement être réutilisables pour diminuer le prix du kg en orbite d’un facteur 10 et le stockage de l’énergie solaire doit devenir significatif par rapport à la consommation globale. Et puis, plus globalement, on peut même critiquer le fond altruiste d’Elon comme le souligne l’auteur en citant l’économiste Tyler Cowen. Car en maximisant le software dans l’industriel, Elon contribue à accélérer cette mutation dans laquelle il faudra de moins en moins d’ouvriers dans les usines…et n’apporte pas une réelle rupture capable de donner du travail et de créer de la valeur pour tout le monde. Pour Tyler, Elon est un « attention seeker » plus qu’un  « genius inventor ». N’a-t-on pas aussi critiqué Jobs pour être un parfait intégrateur de technologie, mais sans véritablement n’en créer aucune.  L’avenir le dira….

En tout cas, ce livre fait réfléchir et me paraît très important pour qui souhaite entrevoir les tendances structurantes du siècle à venir.

Bonne lecture !

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Pourquoi je n’achèterai jamais de produits Apple

Remarques sur la lecture de la biographie de Steve Jobs de Walter Isaacson.

D’une façon générale, je fais partie des gens qui se méfient des mouvements de foule, quand bien même cela me placerait à contre-courant. C’est le cas avec la marque Apple dont je me sens éloigné, et donc à rebours de beaucoup d’itruc addict.

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Tout d’abord, je ne me sens pas à l’aise avec une société dirigée par un patron qui s’arroge le droit de  garer sa voiture sur la place des handicapés, au prétexte que son génie va bien au-delà de cette petite entorse morale. Cette anecdote est révélatrice d’un état d’esprit particulier quand on sait que Steve Jobs avait une habitude fâcheuse d’humilier ses collaborateurs en public et de s’arroger les idées de ses équipes etc. Vous me répondrez que le comportement moral n’a rien à faire dans le business et le marketing. Steve était un génial inventeur, et comme pour beaucoup d’autres génies avant lui, il faut leur pardonner leur caractère fantasque et égocentrique.

Sauf que dans le cas présent, il y a une correspondance importante entre la morale de Steve Jobs et la marque Apple. J’irai même jusqu’à avancer que la marque Apple est une manipulation incroyable des esprits.

Je m’explique. Apple est bâti autour de l’idée de la perfection, au croisement du design et de la technologie. Pour l’obtenir, Apple, et Jobs, ont adopté une stratégie de maîtrise totale de la chaine de valeur de ses produits, de leurs fabrication, de leurs logiciels et jusqu’à leurs distribution. Et c’est un succès total, « l’expérience produit » est plébiscitée par le marché : simple, fluide, élégant. Les produits Apple distillent l’image d’un monde parfait et maîtrisé. Mais interrogeons- nous sur le prix à payer pour obtenir cette perfection. Il est à mon sens inacceptable. Apple refuse l’ouverture technologique (pas d’open source , pas de possibilité d’intégrer des technologies extérieure à l’écosystème Apple, rejet du flash, etc…), Apple fixe des prix bien au-delà des prix du marché. Apple pratique une marge bien au-delà des moyenne du marché, et ne distribuait pas de dividende jusqu’à il y a peu. Bref, Apple à l’image de l’égocentrisme de son fondateur, s’appuie sur une volonté de dominer le monde. Tout pour Apple et rien pour les autres, y compris s’il le faut, les places de parking de handicapé…En fait, la marque Apple porte en germe une idée totalitaire du monde. C’est vrai, un monde totalitaire est beau de l’extérieur. Tout est en coupe réglé et tout fonctionne…mais est-on prêt à en accepter le prix : la salaires incroyablement bas des ouvriers Foxconn (sans justification économique étant donné la marge dégagée), les humiliations des salariés en interne, l’absence de dividende pour les actionnaires, l’exclusion (et la condamnation du réseau de distribution physique construit patiemment par des sociétés distributrices pendant 30 ans), l’étroite marge laissé aux industries musicales suite à la fixation arbitraire du 0,99c par chanson, etc. Et tout cela pour quoi au final ? Pour qu’une société accumule des profits dont elle ne sait plus quoi faire (cf. le rachat de 10Mds d’action).

Entre temps, c’est vrai, il y a eu l’imac l’iphone, l’ipad, etc…mais n’auraient-ils pas été créés quoiqu’il arrive ? Je suis persuadé que si, certes plus tard, et avec un peu plus de bugs, comme c’est d’ailleurs le cas aujourd’hui avec l’apparition des alternatives Samsung et autres plates-formes Android. Est-ce si important d’obtenir ces innovations plus vite, grâce à un intégrateur qu’est Apple, qui grâce à l’intégration verticale et totale à les moyens d’intégrer plus vite. Cette vitesse vaut-elle ce prix ? Est-il socialement responsable de laisser croire qu’il existe un monde parfait, et d’habituer les consommateurs à devenir des petits tyrans sans le savoir ? N’est-ce pas là une ultime manipulation ?

Je reste donc un indéfectible du monde ouvert. Celui d’Android par exemple. Certes ça bug, certes c’est moins fluide, certes c’est un peu plus compliqué à l’usage, mais je sais que derrière ces plates-formes, il y a de nombreux créateurs qui construisent tous ensemble une expérience meilleure. C’est faire confiance au reste du monde pour qu’il s’améliore. Et c’est est pérenne…

Cela a été la stratégie de Microsoft. Et ce n’est pas un hasard si la fondation caritative la plus riche du monde soit celle de Bill Gates. Apple et Steve Jobs semblent bien loin de ces considérations, trop affairés à construire un monde parfait à leur main…ces discours et les valeurs de marque qui vont avec, ont décidément trop de relents historiques qui m’effraient.

Ps : dans le même ordre d’idée, je trouve la comparaison entre Niel et Jobs inappropriée. Free n’est pas un modèle de perfection…mais celui d’une optimisation astucieuse, radicale et ambitieuse, et sans revendications philosophiques.

 

Petite actualité sur le sujet : les principes de management des vendeurs des Apple Store dévoilés...le mot secte est prononcé.

Même les déçus sont de plus en plus nombreux: voir le texte acide d’Ed Conway.

Et pour finir, un clin d’oeil : les gignols de l’info décrivent la sortie de l’iphone 5 (voir le fin de la video)