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Media sociaux : c’est tellement génial…

La conférence traitant des media sociaux et organisée par Seesmic, Microsoft et Razorfish est très représentative de toutes ces conférences « donneuses de leçon » aux marques. Les speakers sont brillants, les idées lumineuses…Mais derrière la description idyllique des opportunités que saisiraient les marques en utilisant leurs produits ou leurs services, il n’est pas fait état des difficultés à les mettre en œuvre et surtout à quels impacts se préparer. Cela est parfois agaçant…

Reprenons, l’ère du mass media consistait à bien analyser stratégiquement son marché (le planning stratégique), imaginer un bon message (la création), et utiliser les mass media pour diffuser le message aux bonnes personnes (achat média).  En schématisant à l’extrême cela donne cela :

 

La marque était donc organisée autour de ce processus simple.

Puis est venu l’ère du marketing direct et du ciblage. Le processus n’était pas modifié profondément. Il fallait adapter les messages à une logique plus personnalisée et se poser la question plus finement sur la cible et trouver le media le moins cher. En schématisant à l’extrême encore un fois cela donne cela :

 

Mais aujourd’hui, les marques doivent « rentrer dans les conversations ». Elle ne s’adresse donc plus à un marché avec des cibles, mais à une multitude de marchés, chacun avec des leaders d’opinion différents à cibler. Donc pour chaque marché, il faut dérouler tout le processus : planning stratégique, création, media, auquel on ajoute une couche supplémentaire, l’animation de la conversation.

Jusque là tout va bien sauf qu’aucun speaker ne dit  qu’il faut dupliquer le processus en autant de communautés existantes. L’impact est juste énorme :

  • plus de moyens humains pour gérer chaque communauté, mathématiquement dirais-je (et même si leur coût peut être contrebalancé par le faible coût du média).
  • une nouvelle couche de coordination (en plus de celle déjà existante, notamment entre les pays).
  • une nouvelle étape du processus à staffer en compétence et en moyen : la conversation (les fameux community managers)
  • s’adapter à une nouvelle temporalité : les conversations vont beaucoup plus vite que les lancements de produits…
  • s’interroger sur qui fait quoi entre l’annonceur et la marque dans tout cela

Quels challenges !!! ….mais de cela, il n’en a pas été question.

Avec ce type de panel prestigieux, j’ai le sentiment qu’une marque qui « achèterait » une stratégie de media sociaux serait un peu comme un jeune couple urbain, craquant devant un beau chiot en vitrine, inconscient des conséquences que cela va entrainer dans leur vie quotidienne pour s’en occuper pendant les 15 ans à venir : « Regarde chéri, il est tellement mignon … »

Chef de produit : mission impossible !!!

Plusieurs personnes me demandent de préciser ma pensée lorsque je critique les pratiques actuelles dans les fonctions marketing et communication. A mot couvert, je comprend que l’angle de vue que j’aborde ne leur semble pas très clair…

Alors, j’ai décidé de revenir aux « basiques », en compulsant les livres fondateurs des pratiques d’aujourd’hui. Je veux parler des bibles que sont le Publicitor ou le fameux « Kotler » qui , avec leur 1200 pages, ont encombré les tables de chevet des nombreux directeurs marketing actuels pendant leurs études.

Et j’ai été surpris de découvrir que la réalité de leur métier, c’est à dire ce qu’ils ont à faire en relation avec les autres départements de l’entreprise, n’est quasiment pas abordé. J’ai trouvé 15 pages au maximum sur « l’organisation des services marketing ».

Ma deuxième surprise a été encore plus grande. Les auteurs ont une vision qui ignore totalement la dimension organisationnelle et process des entreprises.

Voici par exemple, comment Kotler décrit la position d’un chef de produit (extrait de Marketing Management, dernière édition):

Product manager selon kotler

Selon Kotler donc, le chef de produit doit se synchroniser avec pas moins de 12 autres organisations hors et dans l’entreprise !!!

Or dans n’importe quel manuel d’organisation, une telle situation est rapidement analysée comme totalement inopérante, voire un pur non sens.

Et c’est pourtant la réalité quotidienne que doit affronter tous les chefs de produits, et plus globalement les directeurs marketing. Ils le reconnaissent d’ailleurs eux même « Mon principale problème, c’est gérer les priorités » disent ils. Pensez donc, dans un tel contexte, c’est une évidence.

Voila où je voulais en venir : aucun regard organisationnel n’a été porté sur ces fonctions très particulières que sont le marketing et la communication (j’ai cherché longtemps des réflexions académiques, en vain. (Lecteurs, merci de me signaler ceux que vous connaissez). A tel point qu’on laisse publier te telle vision dans des livres de référence.

Et je comprends mieux pourquoi le regard que je porte est difficile à comprendre par des professionnels de ces fonctions. Leur situation leur semble aller de soi…

Puisse ce schéma parler de lui même…

Directeur internet = # DIV/0 !

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Voila résumé en quelques idées simples, la vie quotidienne d’un directeur internet dans un grand groupe ou celle d’un chef de projet tel que je l’ai vécu ou tel que certains me l’ont raconté :

  • Le directeur Internet cannibalise le canal traditionnel. Un directeur internet = moins de ventes pour les autres directeurs
  • Internet n’a jamais été une compétence dans une grande entreprise, elle n’est pas un critère d’évaluation des hauts potentiels (On ne devient pas chef de zone chez L’Oreal grâce à internet). Donc, un directeur Internet = 0 crédibilité sur le métier ou 0 sur Internet s’il vient du métier traditionnel
  • Qu’on le veuille ou non, Internet est plus qu’un simple canal de vente, c’est un outil de marketing direct (tous les visiteurs d’un site web ont un mail). Un directeur Internet = directeur de la fidélisation + dir de la conquête client ?
  • Internet est un démultiplicateur d’image. L’utiliser, c’est être moderne, le sous estimer, c’est laisser le champ libre aux concurrents, mal l’utiliser, c’est risquer une crise. Un directeur Internet = exp(directeur de la communication externe).
  • Internet c’est avant tout de la technologie à intégrer pour chaque fonctionnalité et parfois des accès au système d’information interne pour pouvoir correctement répondre au client. Tout ce qui est internet à une dimension informatique (DSI et sécurité). Directeur internet = f(DSI+sécurité)

Donc en résumant :

Directeur internet = f(DSI+sécurité) *(directeur de la fidélisation + directeur de la conquête client – directeurs canaux traditionnels)exp(directeur de la communication externe)*0 (crédibilité métier ˇinternet)

En synthèse = # DIV/0 ! (Pour les non utilisateurs d’excel, c’est ce que le tableau renvoie lorsqu’on tente de diviser 1 par 0…)