La méthode de travail des start-up bientôt « at scale » dans les grands groupes ?

Le crack de l’internet des années 2000 a mis à mal la réputation des start-up quant à la qualité de leurs méthodes de travail. Le côté funky, les baby foots, et le coca à volonté ne pouvait pas donner un résultat sérieux. Et puis, tous ces jeunes en jean….

10 ans plus tard plusieurs d’entre elles valent et gagnent des milliards de dollars. Mais j’entends encore souvent des managers me dire que le succès de ces entreprises tient maintenant à leur position stratégique, à leur techno, à leur business model, à la qualité de leurs produits. Rarement, ils mettent en avant leur méthode de travail, pensant à tort que l’esprit start-up s’est dilué dans la taille. D’ailleurs certaines d’entre elles l’avouent. Google a interrompu son  20%  de temps  libre consacré à des projets personnels et Facebook admet un retour arrière sur son moto « Move Fast and Break Things ».

Après 4 ans dans cet environnement, je pense pouvoir dire à quel point ces dirigeants de grands groupes se trompent.

En effet, ces méthodes sont tout à fait déployables dans de plus grandes organisations pour la simple et bonne raison qu’une bonne partie de ces méthode repose sur des méthodes de travail « personnelles ».

Voici quelques exemples.

Open space typique

Chaque salarié travaille devant son ordinateur et en général 2 voire 3 écrans et un casque audio permettant de s’isoler. Il est connecté une dizaine de flux d’informations en continu :

  • Le mail
  • Le chat interne
  • Le « facebook » interne générant des notifications personnelles à la hauteur de sa contribution, qui se doit d’être significative compte tenu de la culture
  • Le compte Skype et/ou un chat externe pour les clients , partenaires ou prestataires
  • Son mobile avec les SMS et les coups de téléphone (finalement très rares)
  • Les dashboards liés à son activité, soit affichés quelque part sur son écran, ou plus généralement pas loin sur un écran dédié et partagé à plusieurs
  • Les notifications de l’outil de « ticketing », ce système qui attribue les tâches à chacun et qui permet de transmettre les tâches aux  autres une fois la sienne terminée.
  • Les fils twitter de sa société ou de ses partenaires / prestataires
  • Son compte personnel Facebook, Twitter (et autre) qui est parfois utilisé pour des raisons professionnelles

A noter que le téléphone fixe a totalement disparu.

Le calme des open space est une illusion. Si tous ces flux étaient sonorisés, les bureaux ressembleraient bien plus à une salle de traders survoltés en plein crack boursier. L’intensité de tous ces flux est telle qu’elle mécanise et rythme grandement le travail, en imposant un rythme très soutenu.

La culture de la métrique est partout. L’outil de ticketing englobe toutes les tâches, bien au-delà des tâches des développeurs informatiques. Il devient la colonne centrale du travail quotidien. Chacun évalue le temps qu’il doit passer sur chacune d’entre elle. Et la plateforme calcule non seulement les retards, mais aussi  peu à peu la marge d’erreur dans l’évaluation du temps, ce qui permet d’afficher au superviseur une évaluation du délai réel auquel l’ensemble des tâches sera réellement achevé.

L’aide que vous apportez aux autres, ainsi que votre niveau d’engagement à clôturer spontanément des tâches est aussi enregistré et permet de publier un classement régulièrement à la vue de tous. Mieux ne vaut pas être trop longtemps en queue de ce classement. La culture du travail en équipe rentre rapidement dans les mœurs.

Les réunions démarrent à la minute et se terminent à la minute. Non pas seulement en raison d’une culture générale de rigueur, mais tout simplement parce qu’elles impliquent des équipes à l’étranger via conf call ou video call. Il n’est donc pas possible de les faire patienter compte tenu des décalages horaires. Et quand à l’heure de fin, il est important de s’y tenir car vous êtes chassés des salles trop peu nombreuses par les suivants qui ont en général été obligés de jongler pour trouver une disponibilité.

Toutes les réunions commencent par l’analyse de chiffres que ce soit des tableaux de supervision ou des logs d’activités, et toutes les décisions s’appuient sur l’analyse de ces chiffres.

Etc.

J’espère que ces quelques exemples suffisent à démontrer pourquoi les start-up avancent très vite et qu’elles résistent à l’effet taille. Amazon l’a fait, et ne croyez pas que ce que je décris là concerne les hangars de stockage, mais bien les bureaux du personnel administratif, marketing et commercial. Pour les plus curieux, découvriez comment d’ailleurs chez Amazon, la logique de la réunion de travail a été totalement revue et a tué le powerpoint.

En conclusion, je suis convaincu que le mode de travail des start-up va devenir une norme dans les grandes entreprises. Elles résultent d’un mode d’adaptation naturel à un nouvel environnement technologique du poste de travail, et d’une nouvelle logique dans laquelle la résolution de problème et la rapidité d’action ont pris le dessus sur une réflexion long terme.

Ceci étant posé, j’admet que la transition avec le mode de travail traditionnel n’est pas évidente, notamment sur la nature et la profondeur des relations humaines. Je suis d’ailleurs surpris du relatif silence des grands spécialistes de la conduite du changement sur ce thème précis, pourtant essentiel quand on parle de transformation digitale.

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